La présidentielle, ou la déresponsabilisation de la classe politique

Le compte-à-rebours est lancé… d’ici le 7 mai, il ne doit en rester qu’un. Le combat est acharné, mais que voulez-vous, l’avenir du pays repose sur ce choix qui deviendra fondateur. Le destin de la nation, de la civilisation occidentale dépend du nom qui sortira des urnes.

Ces trois lignes de description exagèrent à peine l’ambiance qui règne en France les jours précédents une élection présidentielle. Cette année, les électeurs sont particulièrement à cran, vu l’état de la société avant même la campagne, et le niveau de celle-ci.

A regarder ce spectacle depuis la Belgique, je me demande, mais pendant encore combien de temps, nous, Français, allons-nous accepter de se faire maltraiter de la sorte par notre classe politique ?

Des responsabilités partagées

Dans les démocraties parlementaires qui entourent la République française, les citoyens ont aussi le droit de choisir leurs dirigeants. Sans pour autant d’avoir l’impression de jouer leur avenir à la roulette russe quand ils se rendent dans l’isoloir.

Récemment, en mars 2017, les Néerlandais se sont rendus aux urnes. La campagne a été âpre, et le résultat surprenant: 21% pour les Libéraux (VVD), 13% pour l’extrême droite (PVV), 12,5% pour les conservateurs (CDA), 12% pour les sociaux-libéraux (D66), 9% pour les Verts, etc.

En somme, les citoyens ont pris la peine de juger l’offre politique qui leur était proposée, et en usant de leur droit de vote, ils ont exprimé la pluralité de la société néerlandaise. La balle est maintenant dans le camp des hommes et femmes à la tête de ces formations, à eux de prendre en compte le poids de chaque tendance dans les discussions qui mèneront à la formation d’un gouvernement. Et à eux de trouver un équilibre entre les attentes des électeurs et la nécessité du pouvoir, à eux de faire des concessions sans pour autant se renier (et trahir leurs soutiens).

Ainsi, les responsabilités sont clairement partagées et réparties entre les gouvernants et gouvernés.

Le poids du monde

En France, cet équilibre n’existe pas. Tout repose sur les citoyens. Lors de l’élection présidentielle, il est demandé aux électeurs de faire un choix unique, de faire par avance des concessions avec leurs idées, de hiérarchiser leurs principes, le tri dans leurs différentes convictions, pour permettre à un vainqueur de devenir la nouvelle incarnation de la nation politique.

Celui-ci va même jusqu’à demander aux électeurs qu’on lui confie une majorité aux législatives pour transformer le Parlement en chambre d’enregistrement, pour être sur que le monarque n’ait à négocier avec personne.

Nos dirigeants n’ont pas à prendre en compte la complexité du pays et de ses tendances politiques. Ils veulent pouvoir jouir d’une irresponsabilité complète. Lorsqu’ils gagnent, ils veulent obtenir les clés de la machine pour eux seuls, que toutes les portes s’ouvrent. Ils font peser le poids d’un choix unique et sans appel sur les Français, une fois tous les cinq ans.

Même l’opposition y trouve son intérêt puisque pendant 60 mois, elle peut tout critiquer, tout rejeter, tout conspuer, sans réfléchir. Elle non plus n’est plus responsable puisque les Français ont tranché.  

Ainsi, comment ne pas devenir fou, hystérique nerveux, alors qu’approche le jour scrutin ?

L’ironie est que cette élection 2017, qui pousse cette logique que je viens de décrire à son paroxysme, est probablement aussi celle où à l’issue des législatives, aucune majorité ne se dégagera à l’Assemblée nationale.